Voyages dEverard Isbrands Ides (in Prevost's Histoire Generale des Voyages). 3

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Voyages dEverard Isbrands Ides (in Prevost's Histoire Generale des Voyages). 3
Voyages dEverard Isbrands Ides, ambassadeur de Russie à la Chine, en 1693
WF00029C
French
Evert Ysbrants Ides
5:512
1848
Paris: Didot
Page 1

Il monta auſſi-tôt à cheval avec ces deux Guides , qui le conduiſirent
d’abord à la Comedie. L’édifice étoit une grande ſalle, avec un théâtre
orné de figures fort bien peintes. Au centre éroit une place ouverte,
qui étoit environnée de galleries. Les Mandarins , ayant prié
l’Ambaſſadeur de s’aſſeoir, lui firent ſervif du thé et du Taraſin[1].
Enſuite on repréſenta pluſieurs ſortes de ſpectacles & de tours
d’adreſſe , où d’excellens Acteurs paroiſſoient produire des fruits, des
oiſeaux, des crabbes, & toutes les ſubtilités qui ſe pratiquent en
Europe. D’autres ſoutenoient ſur la pointe d’un bâton des boules de
verre auſſi groſſes que la tête d un homme , & les agitaient de
différentes manieres ſans les laiſſer tomber ; ce qui parut
véritablement étrange à l’Ambaſſadeur. Enſuite, ſix hommes ayant pris
une canne de Bambou, longue d’environ ſept pieds, la leverent droite; &
tandis qu’ils la ſoutenoient dans cet état, un enfant de dix ans ſe
gliſſla juſqu’au ſommet, avec l’agilité d’un ſinge ; & le plaçant ſur le
ventre, à la pointe, il s’y tourna pluſieurs fois en cercle; après quoi,
s’étant levé, il ſe ſoutint ſur un pied à la meme pointe ; & dans cette
ſituation , il ſe baiſſa juſqu’à ſaiſir la canne de la main. Enfin,
quittant priſe, il battit d’une main contre l’autre, & s’élança
légèrement à terre, où il fit d’autres exercices de la même agilité.

Les comédies ne furent pas exécutées avec moins d’agrément, parce que
les Acteurs étoient ceux de la Cour Impériale. Leurs habits étoient
richement brodés d’or & d'argent, & l’Ambaſſadeur obſerva qu'ils en
changoient ſouvent. Le ſujet de la principale pièce étoit l’Hiftoire
d’un Heros & ſon triomphe , dans lequel, entr’autres Statues, on porta
celle d’un des derniers Empereurs , qui avoit le viſage couleur de ſang.
L’intermede fut une eſpece de pantomime, où deux jeunes femmes, bien
vêtues, & montées chacune de leur côté ſur l’épaule d'un homme , firent
un exercice fort agréable avec leurs évantails. Elles ſe baiſſoient
l’une vers l'autre , en ſuivant auſſi exactement la meſure de la muſique
que dans une danſe à terre. Deux petits garçons, vêtus bizarrement,
jouoient en même tems d’autres rolles.

[1] Nommée ailleurs _Tarafu_ & _Taraſon._